Lutter contre l'angoisse au quotidien


D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été quelqu'un de particulièrement angoissé. J'ai récemment découvert grâce au livre « Ces gens qui ont peur d'avoir peur », que je suis en plus de ça hypersensible. Les situations du quotidien, qui semblent naturelles pour la plupart des gens, représentent pour moi une source de stress incroyable. J'ai réalisé avec effroi, il y a quelques temps, que je ne pouvais me sentir réellement bien que chez moi, à l'abri entre les murs de ma maison à la montagne, isolée du monde, au calme. Je n'ai jamais été de nature particulièrement sociable, pourtant ce n'est pas parce que les autres ne m'intéressent pas, bien au contraire, c'est plutôt que les interactions trop nombreuses jouent si fort sur mon système nerveux que je m'en trouve rapidement épuisée. Le monde extérieur me heurte. Par sa violence, la vitesse à laquelle il évolue, le brouhaha ambiant qui y règne. C'est sans doute la raison pour laquelle je tiens à rester anonyme sur ce blog, d'ailleurs, pour qu'il reste cet espace dans lequel l'angoisse n'a pas sa place. 



Bien-sûr, l'angoisse telle que je la ressens aujourd'hui n'a pas toujours été la même. Plus jeune, je pensais que l'école me préoccupait, le fait de ne pas parvenir à m'intégrer comme je le voudrais. Un peu plus âgée, c'étaient les examens les fautifs, la pression scolaire que je croyais ressentir. J'ai toujours été arachnophobe, aussi, et cette phobie occupait une place réellement importante dans ma vie, si bien qu'elle en était devenue handicapante. Aussi, j'ai pris contact avec un psychiatre qui pratiquait les thérapies cognitivo-comportementales, réputées pour être d'une grande aide pour les personnes phobiques. Après huit longs mois de séances et de travaux sérieux, j'ai vaincu ma peur, moi qui n'imaginais pas cela possible. Je n'aime toujours pas les araignées, bien évidemment, mais désormais ma peur s'apparente à celle de la plupart des gens, qui n'aiment pas ces bestioles sans pour autant faire de crises de tétanie lorsqu'ils en voient. Je pensais naïvement que cette phobie, qui occupait constamment mes pensées, était la raison de mon anxiété. Et puis, après la satisfaction de l'avoir vaincue, est arrivée l'incompréhension face à l'angoisse grandissante. Mes angoisses se sont simplement déplacées. Auparavant, elles avaient un exutoire, ces bêtes à huit pattes sur lesquelles je rejetais tous mes maux. Aujourd'hui, elles s'expriment sans raison apparente et je souffre parfois de violentes crises d'angoisses dont je ne comprends pas la cause, et que je ne sais en conséquent pas résoudre. 

Pourtant, je ne suis pas restée inactive, à attendre que les choses s'améliorent d'elles-mêmes. J'ai consulté des thérapeutes, même une hypnothérapeute qui n'est pas parvenue à me soigner. J'ai testé les huiles essentielles, et si je parviens à soigner la plupart de mes maux avec ces dernières, l'angoisse ne fait pas partie des choses que je peux guérir avec ces huiles. Après de nombreux mois, les choses ont empiré de façon très handicapante au quotidien, et j'ai fini par accepter le traitement pharmaceutique que me proposait déjà mon psychiatre l'année dernière. J'avais tendance à penser à l'époque que me réfugier dans les médicaments serait un échec, mais je ne voyais plus d'issue possible et j'avais désespérément besoin de recommencer à vivre normalement. A l'heure actuelle, je suis le traitement depuis presque trois mois, et j'ai l'intention de l'arrêter progressivement à partir de mon retour de vacances, le 7 octobre. Je me sens réellement mieux et les cachets m'ont aidée à reprendre le dessus, mais je suis terrifiée à l'idée d'arrêter. Est-ce que leur effet va entièrement s'estomper ? Est-ce que les crises vont revenir ? Est-ce que je suis parvenue à surmonter certains troubles ou bien les cachets ont-ils fait tout le travail à ma place ?

Alors j'essaie de préparer le terrain, de préparer mon corps, de me remettre en selle en profitant d'avoir les idées claires -sans doute grâce aux cachets d'ailleurs- pour mettre en place des processus qui me permettront de mieux vivre par la suite. J'ai lu un nombre incalculable de livres sur le développement personnel, dans lesquels j'ai pioché de très précieux conseils. J'ai également pris rendez-vous avec un homéopathe, pour anticiper et prévoir un traitement homéopathique de l'angoisse au quotidien, parce que je ne veux plus me gaver de cachets. J'attends d'être rentrée, parce que je pars au Mexique deux semaines et que c'est justement très angoissant pour moi de partir si loin, je ne pense pas qu'il soit judicieux de cesser juste avant le départ. Mais dès que je rentre, j'ai prévu d'arrêter la pilule contraceptive, parce qu'après de nombreuses recherches et réflexions, je pense que les hormones ont joué un rôle très important dans la dégradation de mes humeurs et ont aussi joué sur certains problèmes de santé que je n'avais pas auparavant. 

J'ai décidé de tout arrêter. Je suis consciente que les cachets peuvent être une aide non seulement précieuse mais parfois même indispensable pour de nombreuses personnes, et je ne me permettrais jamais de juger, je suis moi-même passée par là. Mais j'ai personnellement l'impression de trahir mon corps depuis plus d'un an, à enchaîner les traitements, à le gaver d'hormones, d'anxiolytiques mais aussi de cachets pour lutter contre les effets secondaires des crises d'angoisses, des cachets pour ne pas vomir, pour lutter contre les nausées, contre les migraines, des cachets à prendre pendant les crises, etc. Et je crois que j'arrive à saturation parce que je me sens psychologiquement mal de faire subir tout ça à mon corps. Je ne sais pas ce que ça donnera, mais j'ai envie de tenter des médecines plus saines, moins nocives pour mon organisme et qui ne m'apporteront pas cette culpabilité qui ne m'aide pas du tout à gérer l'angoisse. J'espère de tout coeur que cela fonctionnera, et que je pourrais alors partager avec vous des expériences plus positives, pour peut-être venir en aide à d'autres personnes qui connaîtraient les mêmes troubles.

D'ailleurs, si d'aventure l'un ou l'une d'entre vous est déjà passé-e par là, je serais ravie de discuter un peu.

10 commentaires

  1. Je faisais aussi beaucoup de crises d'angoisse. J'ai eu des médicaments, suis passé par beaucoup de thérapies et ça a été un assez long chemin. Une des choses qui m'aide, c'est d'accepter l'angoisse quand elle monte. Au lieu de me répéter "ne stresse pas, ne stresse pas, ne stresse pas, c'est irrationnel" et de me mettre ainsi beaucoup plus la pression, je me mets dans un coin et je me dis "ok, ton cerveau essaie de te faire passer un message en angoissant, il n'a pas encore compris que tu ne risquais rien dans cette situation. Laisse lui 5 minutes pour angoisser un maximum et après tu passes à autre chose". Quand on m'a parlé de cette astuce, je n'y ai pas vraiment cru mais ces derniers mois je me suis aperçue que ça m'aidait vraiment. Et sinon, il est quasi impossible de crisper ses orteils au maximum et d'angoisser. Donc en cas de grosses paniques, essaie de serrer tes orteils le plus possible pendant 5 minutes. Tu vas te concentrer là dessus, et lacher la pression. Je ne sais pas pourquoi, mais ça marche.

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    1. Bonjour Marion et merci pour ton message
      C'est quelque chose dont m'avais parlé l'une des psys que j'avais été voir. J'ai constaté que ça fonctionne vraiment bien sur moi pour les petits stress du quotidien. En revanche, j'ai essayé d'appliquer cette méthode pendant une vraie crise d'angoisse, et ça a été une véritable catastrophe. C'est d'ailleurs ce qui m'avait poussée à me tourner un temps vers les cachets, parce que je ne voyais plus d'autre issue possible.

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  2. Coucou,

    Te lire me fait bizarre parce que je me retrouve beaucoup, et je retrouve beaucoup ma soeur également.
    Je suis, comme toi, angoissée depuis toujours. De la même manière j'ai mis du temps à comprendre que c'était mon petit corps le problème, que j'étais aussi "plus sensible"... J'adore les gens, je déteste l'idée d'être rejetée mais je préfère aussi être seule entre mes murs. Je suis quelqu'un d'optimiste, sociale et drôle, mais même si je m'attache facilement aux gens, je ne me montre jamais entière avec eux, ce qui m'a couté de perdre tous mes amis par simple manque de constance. Ils sont comme une sorte de distraction, des sourires à donner et à glaner avant de me retrouver seule avec moi, avec mon angoisse.
    J'ai même passé un an à ne plus sortir, pratiquement. Parce que rapidement, c'est confortable et facile de rester chez soi : on a de plus en plus peur de ne plus être apte à enfiler ce masque "social" et rapidement j'étais tombé dans un cercle vicieux. J'ai arrêté la pilule contraceptive aussi, parce que mon corps ne m'appartenait plus, que je faisais trop de crise, que j'avais mal, vraiment, et que je ne pouvais croire que cela n'étais pas un élément perturbateur en plus de ce qui pouvait me ronger depuis l'enfance.
    Je pense que ça m'a fait du bien, dans un temps. Je n'ai jamais repris de contraception hormonale. Une amie à moi a eu le même constat.
    Mais j'avais pas la force de combattre d'avantage, contrairement à toi, et j'ai trainer avant d'aller voir de l'aide, et m'avouer simplement en avoir besoin. Bravo à toi pour toutes ces démarches ! Au fil des années j'ai trouvé un peu de réconfort dans la psychothérapie, mais ai refusé le traitement. C'est plus tard quand je sentais que je faisais un pas en avant et tout de suite 2 en arrière que j'ai cédé et commencé le traitement. Il m'a vraiment aidé, comme toi.
    J'ai arrêté il y a 7 mois, après 2 ans et demi. J'avais peur, parce que j'avais déjà expérimenté le manque des cachets (oublie en weekend...) : j'ai arrêté progressivement sur des mois et... j'allais toujours bien. Je ne dis pas que j'allais parfaitement bien, même sous traitement je reste une personne de nature angoissée, et je pense que je le serai toujours. Néanmoins, j'étais apte à vivre, à m'engager et j'envisageais même de faire un bébé.
    Le bébé est venu alors que j'avais fini mon sevrage : alors avec les hormones de grossesse j'avais peur de faire des rechutes (y'en a des petites pendant le sevrages, des soirs moins sereins, mais pas d'inquiétude, ils sont passé sans s'encrer) ! j'ai eu quelques semaines moins vaillantes mais je sais que mon corps allait bien mieux, et que je devais surtout me défaire de mauvaises habitudes comme l'isolement (que la grossesse facilite beaucoup, essai de sortir quand tes amis t'invitent plus parce que tu bois plus et que tu as mal au dos, ou quand ta famille te rend pas visite parce que t'es trop loin...). J'ai déjà prévenu le petit-être dans mon bidon que sa maman sera toujours angoissée : l'admettre à son papa il y a des années avait été aussi dur que de me l'avouer à moi. Je suis prête à présent à être sincère avec mon petit, avec moi.
    Je vais mieux, bien mieux grâce à mon traitement qui m'a permit de raisonner, comprendre un peu qui j'étais, comment je marchais : je suis encore parfois prise de court, parfois effrayée, désarmée, mais je suis à des années lumière de la jeune femme avant le traitement.
    Je ne m'inquiète pas pour toi : tu sembles prête à mener des batailles et je pense que ton corps a appris de ce traitement. Tu vas en sortir forte mais ne panique pas si tu fais de petites rechutes : tu as appris à remonter à cheval, alors tu ne perdras pas de temps à galoper à nouveau entre chaque moment de faiblesse et tu avanceras très vite, promis !
    Merci pour ton témoignage et je te souhaite pleins de réussites !

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    1. Ton témoignage me touche terriblement, d'autant plus que j'ai appris très récemment que j'étais enceinte. Moi aussi, j'ai toujours très peur de transmettre mes angoisses à mon bébé, et j'avais aussi peur d'arrêter le traitement qui me faisait beaucoup de bien. J'ai fait un genre de palier, en prenant de l'homéopathie en même temps que le traitement médicamenteux, et progressivement j'ai abandonné les médicaments pour ne plus prendre que l'homéopathie, parce que je sais qu'elle est longue à agir. Pour le moment je me sens sincèrement mieux, même enceinte avec les hormones. Je suis toujours stressée, mais je n'ai plus fait de crise d'angoisse depuis quelques temps.
      Je te souhaite également plein de courage et de bonheur pour ce qui reste à venir.

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  3. Coucou,
    Je comprends très bien ce que tu vis en ce moment car depuis la rentrée je subis exactement la même chose. Je ne voulais pas être sous anxiolytiques mais finalement pas vraiment le choix si je voulais assumer mes cours le problème c'est qu'étant hypersensible chacun de mes échecs me met un sacré coup au moral. Quand je suis chez moi tout va bien mais aller en ville ou à la piscine m'angoisse tellement que ça me file des nausées. Je consulte un petit nombre de spécialistes dont un est spécialisé dans la gestion des angoisses. J'espère que tu vas t'en sortir car l'épuisement moral qui découle de ces crises est insupportable. Bon courage à toi!

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    1. Bonjour Johanna,
      J'ai beaucoup culpabilisé aussi face à l'idée de prendre un traitement, mais je pense qu'il faut accepter le fait que non, ce n'est pas un échec et que ça ne fait pas de nous une mauvaise personne. Il faut seulement garder à l'esprit que ce doit être provisoire.
      Bon courage à toi aussi.

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  4. Hello,

    J'ai moi même vécu de très nombreuses crises d'angoisse à répétitions il y a deux ans et comme toi j'ai pris des anxyolitiques (je suis vraiment anti médicaments mais je n'avais plus le choix je ne pouvais plus vivre sans faire une à deux crises quotidiennes :s ).
    Finalement cela m'a fait beaucoup de bien mais j'ai accompagné cela d'un travail chez une psy spécialisée dans les troubles de l'anxiété et j'ai trouvé le fin fond du problème : mon travail. Mon corps me disait juste stop, face à quelque chose qui ne me convenait pas (+ un traumatisme vécu que j'ai surmonté).
    Finalement j'ai changé complétement ma manière de vivre et je n'ai plus fait de crises pendant plus d'un an même en arretant progressivement les médicaments ! Parfois j'en refais quelques unes mais je sais maintenant les identifier et les gérer. Je fais surtout appel à des huiles essentielles et de la respiration/méditation, très efficaces !
    Courage en tout cas !

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    1. Coucou,
      C'est vraiment un plaisir de voir que certaines personnes sont parvenues à surmonter les angoisses, notamment en trouvant le fond du problème.
      Merci pour ton message et je te souhaite bon courage à toi aussi.

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  5. Bonjour. J'ai l'impression elire ma vie..étape par étape...mes angoisses ont commencé le jour de mes 14 ans et m'ont empêché de vivre toute une partie de ma vie. L'adolescence a été très difficile car j'appréhendais la moindre interaction sociale..mais j'ai réussi a passer ca...puis les examens..a pas pouvoir me lever le matin...j'ai finalement eu mon bac...ma vie professionnelle et avec les collègues a été aussi très dure car je ne peux m'empecher d'être parano et hypersensible aussi...mais je travaille au même endroit depuis 14 ans. J'ai fait 7 ans de thérapie pour mettre le doigt sur le déclencheur mais ça n'a rien changé. J'ai vu des magnetiseurs, des hypnotherapeutes, des acupuncteurs, fait du yoga, de la sophrologie, de l'anti gym....les angoisses sont toujours là. J'ai une grave crise il y a 3 ans, j'ai dû prendre des anxiolitiques même si je detestais l'idée..je n'avais plus le choix...je les ai arrêtés il y a 2 semaines! Je ne prend plus lapillule depuis 3 ans et j'ai arrêté le tabac il y a 10 jours. Je vois un nouveau microkiné qui fait bouger beaucoup de choses dans ma tête..mais surtout j ai décidé d'accepter que ses angoisses font partie de moi...je peux les calmer mis elles restent latentes. Le tout c'est de ne peux se laisser détruire. Les angoisses ne sont pas vous! Elles sont là..très bien...faut vivre avec mais pas les laisser dominer votre vie. Bonne chance pour la suite. Vous avez la force en vous, regardez tout ce que vous avez accompli mine de rien!

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    1. Bonjour
      Votre témoignage est vraiment touchant et je sais vraiment ce que c'est que d'essayer inlassablement toutes les méthodes au monde, sans rien trouver qui nous soulage. Je pense vraiment malgré tout qu'il ne faut pas baisser les bras, continuer de chercher et de se battre, jusqu'à ce que quelque chose change.
      Merci beaucoup pour votre passage et bonne chance à vous aussi.

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