Une intuition et deux barres roses


Monsieur H. et moi, nous sommes ensemble depuis bientôt huit ans. On est jeunes tous les deux, tout le monde s'évertue à nous le dire, pourtant envers et contre tous, on a décidé qu'on voulait un enfant. Le désir de maternité est ancré en moi depuis l'adolescence. A quinze ans, bien-sûr, je ne voulais pas d'enfant tout de suite, pourtant je savais déjà que je voulais être mère, et que je voulais l'être jeune. C'est peut-être parce que ma mère m'a eue jeune et que j'ai toujours eu une relation très fusionnelle avec elle que j'ai eu envie de reproduire un peu ce schéma. Le fait que j'ai rencontré Monsieur H. jeune n'y est pas pour rien, c'est vrai. C'était une idée présente, mais assez abstraite. Et puis finalement, depuis un peu plus d'un an, on en parle plus sérieusement. Le voyage au Mexique était prévu, et on s'était dit qu'en rentrant, on commencerait à essayer. 
Oui, je dis bien essayer. Je suis des blogs sur la grossesse et la maternité depuis des années, et l'idée que tomber enceinte était une épreuve difficile était terriblement claire à mes yeux. Dans mon esprit, on allait devoir essayer au moins six mois, sans doute un an avant d'y parvenir. En plus, on m'a toujours dit que le fait de trop y penser empêche de tomber enceinte. Et moi, ça fait deux ans que j'y pense constamment, alors en arrêtant la pilule, je ne risquais pas d'y penser moins souvent ! Pourtant, comme je suis encore jeune, je m'étais fait une raison. Je m'étais dit que ce n'était pas grave, que même si ça mettait deux ans à arriver, nous n'étions pas pressés. J'ai arrêté la contraception sans trop y croire... Mais je ne sais pas faire les choses à moitié

J'ai toujours eu ce besoin de tout contrôler, de ne rien laisser au hasard. Je vous parlais d'ailleurs dans ce billet de mon tempérament très angoissé. Pour moi, il était impossible de seulement attendre que ça se passe. Sans en faire des tonnes, j'ai utilisé l'application Clue -qui me servait déjà à suivre mes cycles- pour connaître mes périodes de fécondité, prendre ma température, noter d'éventuels symptômes, etc. Paradoxalement, j'utilisais cette application pour tomber enceinte, et j'étais pourtant persuadée que ça ne ferait que ralentir le processus. Justement parce que, comme on me l'a si souvent répété, j'y pensais trop

J'ai arrêté la pilule le 5 octobre, dans l'avion pour notre retour en France, j'ai cessé de la prendre. A la fin du mois d'octobre, j'ai commencé à ressentir des symptômes étranges. Des douleurs légères mais présentes dans la poitrine, des douleurs au niveau des ovaires, une grande fatigue, et surtout de très fortes sautes d'humeur. Là encore, j'ai tenté de rationaliser la chose. J'ai d'abord cru que ces effets étaient dus à l'arrêt de la contraception, j'avais entendu dire qu'on pouvait ressentir quelques effets indésirables les premiers mois. Ou bien, et c'était encore plus probable, les douleurs étaient là pour m'avertir de l'arrivée imminente de mes règles. En effet, la sensation au niveau des crampes notamment était assez similaire. En somme, j'attendais mes règles. 

Pourtant, d'après mon application, elles auraient du arriver le 6 novembre, et le lundi au matin, toujours rien. Je me suis dit, une fois encore, que ça ne voulait rien dire. Après tout, après seulement un mois d'arrêt de pilule, je ne pouvais pas encore savoir si j'avais ou non des règles régulières. Les crampes ne s'étaient toujours pas calmées, j'avais les mêmes douleurs que pendant mes règles, mais rien n'arrivait. J'ai commencé à en parler à une amie à moi, pas à Monsieur H pour ne pas lui faire de faux espoirs. J'avais une intuition

Je ne suis pas sûre de savoir l'expliquer comme je le voudrais, mais une partie de moi savait que ce n'était pas seulement dans ma tête, que ce n'était pas uniquement parce que je créais moi-même les symptômes. On dit que l'esprit peut jouer de belles illusions quand on espère trop. Je me sentais bizarre. C'était un sentiment diffus, confus aussi, et je m'étais dit que j'attendrais la fin de la semaine où j'aurais du avoir mes règles pour faire un test de grossesse, seulement pour me rassurer.

Mais voilà, le mercredi, je n'ai pas tenu. Il fallait que je sache, ça commençait à m'obséder. Sincèrement, j'étais persuadée que le test allait être négatif. J'avais lu tant de fois que ce serait long, que ça ne pouvait tout simplement pas fonctionner du premier coup ! J'ai acheté le test sans grande conviction, seulement parce que je voulais permettre à mon esprit de passer à autre chose. Et je savais que tant que je n'aurais pas lu que c'était négatif, je n'y parviendrais pas. 

Le jeudi matin, je me suis levée aux aurores, incapable de continuer à dormir. Fébrile, j'ai fait la chose la plus glamour de ma vie, à savoir récupérer un verre dans la cuisine pour faire pipi dedans, et y laisser tremper le test de grossesse. La notice était claire, il fallait attendre trois minutes pour voir le résultat s'afficher. Mais moi, au bout de cinq secondes seulement, j'ai vu les deux barres bleues. J'ai cligné des yeux, incrédule, persuadée de m'être trompée. Alors j'ai laissé passer cinq minutes, attendant patiemment que les deux barres disparaissent. Mais elles sont restées là. Nettes, visibles, aucun doute possible, elles étaient bien bleues. 

Quelque chose a bondi en moi, me donnant à la fois envie de rire et de pleurer, mais une fois de plus j'ai pris sur moi. Tout est une question de contrôle dans cette histoire. Je me suis habillée, je n'ai rien pu avaler, trop angoissée sans doute, et je suis partie bosser. A peine arrivée, j'ai appelé le laboratoire d'analyses le plus proche de mon travail, et j'ai été faire une prise de sang. J'aurais les résultats le soir même, et l'attente me paraissait interminable. Parce que je ne m'autorisais pas à être heureuse, à y croire réellement, tant que la prise de sang ne l'aurait pas confirmé. J'étais tellement convaincue que c'était trop tôt que je ressentais presque de la culpabilité envers ces femmes qui essaient si fort, si longtemps. Nous, nous n'avions pas encore essayé assez, c'était évident. 

J'ai essayé de ne pas m'emballer, de me préparer psychologiquement à des résultats négatifs, mais au fond le test de grossesse positif était déjà trop ancré dans mon esprit. Les faux positifs sont si rares, paraît-il ! Ce fût la journée de travail la plus longue de ma vie, j'étais incapable de me concentrer, et pourtant incapable de rester à ne rien faire, parce que ça ne rendait l'attente que plus pénible encore. En rentrant à la maison, j'allais retrouver Monsieur H., pourtant là aussi, je voulais attendre d'être sûre pour le lui annoncer.  

Stressée, pas sûre d'y croire, pas sûre d'avoir le droit de lui en parler si les résultats étaient négatifs, je me suis demandée combien de temps j'allais pouvoir tenir avant de mourir d'angoisse. Et pourtant, à 17h28, le site du laboratoire d'analyse confirmait les résultats. Enceinte, ça disait. Probablement de trois semaines seulement. 

Cet article inaugure, je l'espère, la nouvelle catégorie « Grossesse et maternité » du blog. Ne vous en faites pas, le blog ne devient pas pour autant exclusivement un blog grossesse, mais je pense que ça va tout de même prendre une part importante par ici.  

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